21 décembre 2007
L'écopastille, une manipulation fiscale hasardeuse
On connaissait l'économie de marché. Voici l'économie du bien, celle qui prétend avec Jean-Louis Borloo «donner un avantage compétitif aux produits vertueux». Première application, le bonus-malus fiscal décerné par le gouvernement pour l'achat de véhicules automobiles neufs en fonction de leur rejet de CO2.
Une telle mesure n'inciterait guère à la critique si elle n'annonçait d'autres manipulations fiscales inspirées par le même esprit du bien. Car, pour Jean-Louis Borloo, ce n'est qu'un début : « Nous allons essayer de mettre en place un système équivalent pour quelque vingt familles de produits. »
Ainsi, on réfléchit à l'idée de taxes frappant les produits sucrés ou chargés en graisses pour pénaliser les mauvais comportements qui pèsent sur les comptes de notre assurance-maladie. On entend promouvoir au niveau européen « une taxation écologique des importations », un avatar écologique de feu la TVA sociale qui entendait faire contribuer les produits importés au financement de notre protection sociale (c'est-à-dire en fait les consommateurs français des produits importés !). Elle permettrait de faire coup double: taxer et les importations et les pays qui ne respectent pas le protocolede Kyoto (et toujours faire payer le consommateur français!). On annonce encore que l'on réservera les allégements de charges sociales aux "bonnes" entreprises. qui ouvriront une négociation sur les salaires.
Certes, user de la fiscalité pour pénaliser ou récompenser certaines catégories ou modifier certains comportements n'a rien de bien nouveau. Mais lorsque la planche à billets ne fonctionne plus, lorsqu'il est interdit de s'endetter davantage et difficile de prélever plus, il est tentant d'en faire une méthode de gouvernement, de suivre l'opinion en détaxant le « bien » et surtaxant le « mal ». Le déplacement donne l'image du mouvement.
La tentation est d'autant plus forte que la manipulation se nourrit d'un pseudo-discours économique. Il est temps, explique-t-on, « d'introduire le véritable prix écologique d'un bien de consommation ». Bigre, la prétention n'est pas mince. En fait, ce « juste prix » ne peut qu'être arbitraire.
Sur un marché, le signal des prix -par exemple le renchérissement du prix de l'essence-influe bien entendu sur les comportements pour pénaliser les voitures puissantes et de fait, avantager les voitures moins gourmandes.
En revanche, aucune rationalité économique ne peut justifier les tarifs ou les modalités de l'écopastille. (Tout autre est le mécanisme des quotas de CO2 qui laisse le marché fixer le prix d'une contrainte publique.)
Pourquoi imposer un malus à l'achat d'un gros véhicule nécessaire au transport d'une famille?
Ne faudrait-il pas, comme on le propose -une prime de 5 g de CO2 par enfant ? Et pourquoi pas les personnes à charge ? Pourquoi calculer le malus de façon forfaitaire, indépendamment des kilomètres parcourus ? Taxera-t-on les véhicules utilitaires? Si non, est-il juste que le coiffeur bénéficie de la détaxation du plombier? Pourquoi une famille avec une C 6 devrait-t-elle payer un malus de 1600 euros, alors qu'avec deux C2 elle bénéficierait d'un bonus de 700 euros pour une pollution identique? Difficile de faire des choix rationnels!
Dans une économie de marché, les prix expriment la préférence des consommateurs. La manipulation fiscale des prix perturbe le message des prix. Et si les prix sont dictés par les préférences des politiques, les acteurs économiques sont invités à déplacer leur énergie vers le « marché politique » qui fonctionne sous la pression des groupes d'intérêts et des médias. Le « politiquement visible » l'emporte sur les rouages « invisibles » du marché.
Au risque de détraquer ces rouages et de provoquer d'immenses effets pervers. C'est ainsi que de puissants lobbys industriels abrités derrière les agriculteurs ont imposé au nom de la planète des subventions massives aux biocarburants dont on s'aperçoit aujourd'hui -dans les conditions actuelles de production- qu'ils ne sont ni économiquement viables ni écologiquement bénéfiques et qu'ils ont au surplus contribué à renchérir dangereusement les prix agricoles. On devrait de même jauger les éoliennes à leur rentabilité économique et écologique réelle.
Prenons garde de ne pas répéter les erreurs commises au fil du temps sur le marché du travail où l'interventionnisme dans la formation des contrats et des prix (revalorisations politiques du salaire minimum et exonération de charges) a fini par dérégler et l'embauche et la formation des salaires.
La manipulation fiscale des prix reste une manipulation dangereuse, dont il serait prudent de modérer l'usage intensif qui s'annonce. Le principe de précaution et de sérieuses études d'impact s'imposent.
Alain Madelin
Ancien ministre
Article paru dans Le Figaro du 14 décembre 2007
13 décembre 2007
Forces et faiblesses d'une liste d'union
11 décembre 2007
Lettre à M. Bouteflika
Président de la République algérienne.
Monsieur le Président,
En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie: vous inversez les rôles !
C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d’Hippone / Annaba, avec Saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.
Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, « béçif » (par l’épée), toutes ces populations. «Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion….Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20) .Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico romano berbère si riche, que des ruines (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadrami , Histoire des Berbères,T I, p.36-37,40,45-46. 1382) .
Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme ,sans rien construire en contre partie.
Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l’Alger des corsaires du XVI ème siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain…..Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir fait trancher 12.000 têtes pendant son règne.
Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.
Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.
Faut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5.000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région du Maghreb où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.
Faut-il oublier qu’en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2.000 ans .La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !
Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d’un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.
Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n’avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués, d’où le nom de «kabyle » - j’accepte).
Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XX ème siècle - mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles,un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l’Etat naissant de l’Algérie .
Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.
Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.
Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s’y établisse. Etait-ce une guerre d’indépendance ou encore de religion ?
Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis, sauvagement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’O.A .S., il y a eu plus de200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique , beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie. C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !
Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d’Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu’elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires -. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France ?
En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ? Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.
Un citoyen français,
André Savelli,
Professeur agrégé du Val de Grâce.

