Notre secret bancaire vacille.Tout prouve que les autres pays, ceux-Ià mêmes qui nous critiquent tant,font chez eux ce qu'ils veulent empêcher chez nous. Pour preuve, l'investigation d'un confrère alémanique jouant l'Helvète planquant son argent du fisc auprès d'une banque allemande proche de Bâle.lncrédule,j'ai joué la même comédie en France avec pour résultat une complaisance sans limite. Visiblement, la soustraction fiscale que nous venons de déclarer illicite ne dérange guère nos grands voisins!

   Dans cette affaire, les critiques pleuvent désormais sur nos Conseillers fédéraux. Pour les uns, ils ont cédé aux pressions inadmissibles de l'étranger; pour les autres, ils ont trop attendu et failli nous mettre au ban de la société internationale.

   L'occasion faisant le larron, des esprits bien intentionnés en profitent pour remettre en question rien moins que notre organisation politique, source de tous les maux. Le tournus annuel de nos présidents les empêcherait d'établir des relations durables avec leurs honiologues étrangers, dit-on. Que l’ U E en fasse de même ne semble gêner personne! Ou encore le rythme de réunion de nos sept Sages serait insuffisant pour traiter les sujets chauds. Ou, enfin chacun serait trop occupé aux dossIers de son dicastère pour vraiment avoir une vision d'ensemble et apporter un soutien utile en temps de crise.

   En un mot comme en cent, nous sommes nuls et il est grand temps de faire enfin comme les autres, de nous fondre dans le moule, d'arrèter de jouer tout seul dans notre caisse à sable. Ce besoin irrépressible d'assimilation traduit un manque de caractère, voire un complexe d'infériorité. Les gens sûrs d'eux assument leurs différences, les revendiquent même, et c'est ainsi qu'ils s'en sortent.

   Actuellement, la Suisse est donc prise entre le marteau des détracteurs de l'intérieur et l'enclume des assaillants de l'extérieur, trop heureux de détruire notre place financière. Si les seconds ont l'excuse de défendre âprement leur beefsteak, comment qualifier l'attitude de nos compatriotes?

   Faut -il leur répéter à quel point nos institutions comportent de qualités, quand bien même elles ont aussi les défauts qui vont avec: consensus et lenteur, démocratie directe et lenteur, décentralisation et lenteur, assemblées de milice et lenteur, collège gouvernemental et lenteur. Le grand défaut de notre organisation est effectivement la lenteur qui semble à certains impatients un défaut rédhibitoire dans un monde qui va vite. Vite et souvent mal, mais que leur importe!

   Ne nous empressons pas, en ces temps incertains. Assurons nos pas, encordons nos équipes, restons fidèles à nos principes. Grâce aux moyens diplomatiques que nous maîtrisons si bien et avec l'excuse de notre lenteur congénitale, résistons aux attaques d'adversaires mis aux abois par leur propre impéritie: aides sociales démesurées, taux de chômage incontrôlé, jeunes sans emploi, dette publique énorme, impôts abusifs. ..

   L’herbe, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, n'est pas plus verte chez nos voisins!

Marie-Hélène Miauton
Article paru dans « Le Temps » du 20 mars 2009